BTP, IFI, UEMOA : L’Équation du Sénégal

Quand la crise de liquidation exige l’urgence d’un plaidoyer pour le FMI

DAKAR, SÉNÉGAL – Le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) sénégalais est pris en étau, confronté à un risque de cessation de paiements. La crise de liquidité est illustrée par un encours de dette publique avoisinant les 300 milliards de FCFA envers les entreprises, un chiffre qui se répercute sur les 4 362 milliards de FCFA de la dette intérieure globale du pays. Cette situation, qui a entraîné la perte de plus de 20 000 emplois formels pour un secteur qui contribue historiquement à environ 4% du PIB, révèle une dépendance excessive à la commande publique. Face à l’urgence, la stratégie sénégalaise est double : obtenir le soutien des Institutions Financières Internationales (IFI) pour rétablir la crédibilité, et pivoter vers l’espace de l’UEMOA pour garantir l’expansion future.

Le Sénégal, Alerte rouge macroéconomique et risque systémique régional

Le Poids de la dette élargie : 132% du PIB, un frein à l’investissement

Le problème de la dette va bien au-delà de la trésorerie des entreprises. Les dernières analyses du FMI et des grandes agences financières, qui incluent la dette des entreprises publiques, révisent le passif national et le placent à un niveau alarmant, atteignant potentiellement 132% du PIB. Ce chiffre place le Sénégal très loin de la norme de convergence de l’UEMOA fixée à 70% et signale un risque élevé. C’est ce niveau d’endettement qui alimente le signal d’alerte, décourage l’investissement direct étranger (IDE) et contraint l’État à emprunter à des taux plus élevés.

Au-delà des frontières : Quand la panne du BTP à Dakar menace la stabilité financière et logistique de l’Union

Le Sénégal, l’une des trois premières économies de la zone UEMOA et hub logistique essentiel, voit la panne de son BTP freiner directement la croissance agrégée de l’Union. Le risque est systémique : l’exposition des banques aux secteurs BTP et immobilier est significative, augmentant la probabilité de voir les Prêts Non Performants (NPL) se propager au-delà de la frontière, menaçant la stabilité financière régionale sous l’égide de la BCEAO. L’état des infrastructures construites par le BTP sénégalais a de plus un impact direct sur le coût du commerce pour les pays enclavés.

L’Impératif de plaidoyer : Le FMI comme label de confiance économique

L’Accord FMI, parapluie macroéconomique : Rétablir la crédibilité pour débloquer les flux d’investissement

Le rôle du Fonds Monétaire International (FMI) est indispensable. L’accord avec le FMI sert de label de qualité macroéconomique, attestant auprès des marchés financiers d’un engagement sur une trajectoire de discipline budgétaire. Cet accord agit comme un essentiel, car il déverrouille automatiquement les financements concessionnels des autres IFI (Banque Mondiale, BAD), qui injectent des fonds à des taux inférieurs et sur des durées plus longues. C’est le moyen le plus efficace de réduire la prime de risque du Sénégal et de lui permettre d’emprunter à des taux plus bas.

Le double jeu de la trésorerie : Apurement de la dette BTP et réduction du coût d’emprunt souverain

Les financements des IFI sont essentiels pour transformer la crise. Ils peuvent être mobilisés pour aider l’État à apurer une partie de ses arriérés de paiement envers le secteur privé, injectant directement des liquidités pour rétablir la trésorerie des entreprises de BTP. De plus, le soutien des IFI est conditionné à des réformes structurelles visant l’amélioration de la gouvernance et l’optimisation des dépenses, garantissant que la crise de dette publique ne se reproduise pas.

Pivot stratégique : l’Uemoa, garantie de l’expansion et de la résilience

Sécuriser la croissance : l’Exigence d’harmonisation réglementaire et de l’application du délai de paiement

Pendant que les IFI gèrent l’urgence, l’ouverture vers l’UEMOA est la seule trajectoire de croissance viable à long terme. L’Union doit jouer un rôle pivot en garantissant l’application du Code des Marchés Publics Communautaire et du délai de paiement légal de 45 jours à travers tous les États membres. En assurant la sécurité des transactions, l’UEMOA agit comme un arbitre légal et un garant de la trésorerie, offrant ainsi une sécurité financière supérieure aux marchés publics strictement nationaux.

Dépasser le marché national : Utiliser le FAIR et les PPP pour structurer les projets transfrontaliers

L’UEMOA doit mobiliser ses instruments, comme le Fonds d’Aide à l’Intégration Régionale (FAIR), pour dé-risquer les grands projets transfrontaliers. Cela facilite la structuration de Partenariats Public-Privé (PPP) crédibles et permet aux entreprises sénégalaises de se positionner sur des projets d’envergure (corridors routiers, interconnexions énergétiques) financés et arbitrés à un niveau supranational, délestant ainsi le budget national. En prenant activement en charge la stabilisation du BTP, l’UEMOA assure sa propre solidité, contribuant à la croissance du PIB communautaire et au respect des critères de convergence macroéconomique. Pour le Sénégal, l’ouverture à l’UEMOA est la clé pour transformer ses champions locaux en acteurs régionaux majeurs et garantir la prospérité future.

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