Le basalte est traditionnellement la roche de référence et une fierté locale pour la construction des infrastructures sénégalaises. Cependant, cette ressource fait face à un double défis critique : l’épuisement des gisements de surface et la flambée des coûts d’extraction et de transport.
Le génie civil sénégalais est à un tournant historique. Pour maintenir la souveraineté sur ses infrastructures, le pays doit choisir les matériaux locaux qui garantissent la résilience et la maîtrise budgétaire à long terme. Le Dr. Adama Dione, chercheur engagé, propose une feuille de route scientifique pour opérer cette transition stratégique. . Les alternatives proposées permettront de faire face aux tensions sur le basalte, de faire des économies importantes et de démultiplier le nombre de kilomètres.
L’innovation, multiplicateur de kilomètres de routes
La dépendance continue aux gisements de basalte en raréfaction fait grimper le coût du kilomètre de route. L’enjeu va au-delà de la simple substitution. En validant et en adoptant les nouveaux géomatériaux, le Sénégal s’engagerait dans une voie qui réduit significativement le coût de la construction routière.
Cette économie par kilomètre est un puissant levier politique et économique. Elle permettrait aux autorités de maximiser le volume de routes réalisées sur le territoire, augmentant ainsi le taux de couverture routière et favorisant le désenclavement du pays. L’innovation du Dr. Dione n’est pas seulement technique ; elle est un accélérateur des objectifs d’infrastructures nationales.
Des géomatériaux nationaux aux performances certifiées
Les travaux se concentrent sur deux substituts, tous deux issus du territoire sénégalais, dont les performances sont éprouvées scientifiquement :
Le Quartzite : l’alternative immédiate et massive
Abondant dans l’Est du Sénégal (région de Bakel), cette roche offre une résistance mécanique qui répond aux exigences des couches de fondation, base et dans certaines conditions en couche de roulement. Son potentiel est validé par planches expérimentales suivies par Ageroute. Le Quartzite permet de soulager la pression sur le basalte grâce à une ressource locale plus facile d’accès et moins coûteuse à exploiter.
Le Silex (Silexite) : l’économie circulaire appliquée au BTP
L’approche la plus disruptive se trouve autour de Mboro, dans le département de Tivaouane. Elle consiste à transformer des rejets miniers et industriels (déchets) en un granulat de haute performance. Cette innovation incarne parfaitement l’économie circulaire en réduisant la pression sur les ressources minières et les coûts de gestion des déchets, contribuant ainsi activement à la baisse du coût global du granulat routier.
La normalisation, le principal obstacle
Malgré la validation scientifique et l’évidence des gains économiques, le véritable mur à franchir est politico-économique.
En effet, l’adoption de ces solutions se heurte aux intérêts établis qui peuvent ralentir le processus crucial de normalisation des nouveaux agrégats. Cependant, l’État détient la clé. Il doit finaliser et appliquer l’intégration formelle de ces matériaux (quartzite et silex) dans les normes nationales. Heureusement, Ageroute ne se base plus sur la nature pétrographique du granulat, mais sur les critères performancielles de ce dernier.
Aujourd’hui, cette légitimation officielle est indispensable pour neutraliser la résistance du marché et garantir aux entreprises de BTP qu’elles peuvent investir sans risque dans ces nouvelles solutions.
Vers une souveraineté technologique durable et accélérée
En intégrant formellement ces géomatériaux locaux abondants et moins coûteux, le Sénégal ne fait pas qu’économiser. Il accélère considérablement le développement de ses infrastructures.
Ce tournant garantit par conséquent une filière BTP souveraine, plus verte et surtout capable de démultiplier le nombre de kilomètres de routes pour augmenter le pourcentage de couverture routière du pays.
Il ne manque plus que la signature officielle pour libérer le plein potentiel d’innovation durable et d’accélération économique du Sénégal.