La Stratégie nationale de développement (Snd) du Sénégal, visant l’horizon 2050, dessine les contours d’un pays transformé, compétitif et socialement équitable. Si le document stratégique, validé en octobre 2024, ne consacre pas de chapitre explicite au secteur du Bâtiment et des travaux publics (Btp), une lecture approfondie révèle son rôle omniprésent et fondamental. Le BTP n’est pas un simple secteur d’activité ; il est l’outil par lequel la vision prendra forme, le moteur de la matérialisation des infrastructures, de l’aménagement du territoire et de l’amélioration du cadre de vie des Sénégalais.
Par Bacary Dabo
Le Bâtiment et les travaux publics (Btp) était très présent dans le bilan du Plan Sénégal Emergent (Pse) avec les nombreuses infrastructures réalisées.
L’Etat étant la continuité, la « Vision Sénégal 2050 » qui est le nouveau référentiel de développement du Sénégal, lui donne également une place de choix.
Cette vision déclinée par le duo Diomaye-Sonko vise à faire du pays un État « souverain, prospère et juste » d’ici 2050. La SND 2025-2029 qui est son plan opérationnel s’articule autour de quatre axes majeurs.
C’est en décryptant ces axes, ainsi que les programmes d’action qui en découlent, que la place prépondérante du BTP apparaît en filigrane, comme la colonne vertébrale d’une ambition nationale.
De la construction de nouvelles infrastructures à la modernisation des villes, en passant par le rééquilibrage territorial, le secteur est au cœur de la mise en œuvre opérationnelle de la stratégie.
L’Axe 3 « Aménagement et Développement durables » : le cœur du réacteur pour le BTP
L’Axe stratégique 3, intitulé « Aménagement et Développement durables », constitue le terrain de jeu principal du secteur du BTP.
Cet axe englobe des objectifs qui sont, par nature, des projets de construction et d’ingénierie civile. Il s’agit notamment de l’amélioration de l’habitat et du cadre de vie, de la gestion de l’urbanisation galopante et de la mise en place d’un aménagement du territoire cohérent et durable.
Le document de la SND souligne la forte corrélation entre l’urbanisation et l’activité économique. Cette reconnaissance implique une politique volontariste pour structurer les villes et les centres urbains. Ce qui se traduit directement par des chantiers de grande envergure.
Concernant la modernisation urbaine, la Vision 2050 décline des programmes comme PROMOVILLES (Programme de Modernisation des Villes) qui sont appelés à se poursuivre et à s’intensifier, nécessitant des travaux de voirie, d’assainissement, d’éclairage public et de construction d’équipements collectifs.
Concernant l’Habitat et le cadre de vie, les nouvelles autorités du pays veulent faire de la résorption du déficit de logements et l’amélioration des conditions de vie dans les quartiers précaires des priorités qui passeront inévitablement par des programmes de construction de logements sociaux et de restructuration urbaine.
A propos des Infrastructures durables, le pouvoir Pastef estime que le développement durable, principe directeur de la stratégie, impose au BTP de nouvelles normes.
Pour eux, il ne s’agit plus seulement de construire, mais de construire « vert » avec des bâtiments à haute efficacité énergétique, des infrastructures résilientes au changement climatique et l’utilisation de matériaux locaux pour réduire l’empreinte carbone.
Territorialisation, le BTP comme outil de rééquilibrage et de connexion
Un des piliers de la SND est la fin du déséquilibre entre Dakar et le reste du pays. La stratégie propose un « schéma de territorialisation » ambitieux, basé sur la création de huit pôles de développement.
L’objectif est de créer des écosystèmes économiques viables dans toutes les régions du Sénégal. La réussite de cette vision repose quasi exclusivement sur la capacité du secteur du BTP à bâtir les fondations de ces nouveaux pôles.
« La création de pôles de développement pour dynamiser l’économie locale, renforcer le secteur privé et améliorer l’accès aux services sociaux de base » ne peut se concevoir sans un investissement massif dans les infrastructures de connexion et d’accueil.
Des programmes d’urgence comme le PUDC (Programme d’Urgence de Développement Communautaire) et le PUMA (Programme d’Urgence de Modernisation des Axes et Territoires frontaliers) illustrent déjà cette approche.
La SND 2025-2050 systématise cette logique. Pour chaque pôle, qu’il soit à vocation agricole, industrielle, touristique ou de services, le BTP sera mobilisé pour construire des routes, ponts et pistes rurales pour désenclaver les zones de production.
A cela s’ajoutent des zones industrielles et artisanales équipées, des infrastructures énergétiques et hydrauliques pour alimenter les nouvelles activités, des écoles, des centres de santé et des logements pour accompagner le développement humain local.
Le Financement : des investissements massifs fléchés vers les infrastructures
Toute vision a un coût. Le Plan d’actions prioritaires (Pap) 2025-2029, qui constitue la première phase de mise en œuvre de la SND, prévoit une répartition des financements qui confirme indirectement le rôle central du BTP. Bien que les chiffres exacts par secteur ne soient pas détaillés, la ventilation par axe stratégique est révélatrice.
Un regard panoramique sur la répartition indicative du financement du PAP (2025-2029) par axe stratégique fait transparaître une part substantielle allouée à des axes à forte composante d’infrastructure.
L’Axe 1 « Économie compétitive » et l’Axe 3 « Aménagement et Développement durables » devraient capter une part majoritaire des investissements. Or, la compétitivité économique dépend des infrastructures de soutien (ports, aéroports, routes, énergie), et l’aménagement du territoire est par définition un domaine du BTP. Une grande partie de ces budgets se transformera donc en contrats pour les entreprises du bâtiment et des travaux publics.
De plus, la répartition des dépenses d’investissement par pôle de développement montre une volonté de distribuer les projets sur l’ensemble du territoire, nourrissant ainsi l’activité du BTP au niveau local et régional.
Le document “Vision 2050” mentionne également le recours aux Partenariats public-privé (Ppp) comme un mécanisme de financement clé, une approche particulièrement adaptée aux grands projets d’infrastructures où le secteur privé du BTP joue un rôle de premier plan, non seulement dans la construction mais aussi dans l’exploitation et la maintenance.
Un document de l’Ambassade du Sénégal à Bruxelles confie que le secteur « Transports-infrastructures » (très lié au BTP) représente 11,2 % des investissements publics prévus sur la période 2025-2029.
Le même document révèle que le secteur «Habitat-urbanisme-aménagement-développement territorial» (également en lien avec BTP) représente 13,8 % des investissements publics.
Ceci indique que globalement, à peu près un quart (~ 24-25 %) des investissements publics programmés sont directement liés à l’infrastructure, à l’aménagement et à l’urbanisme — des activités relevant fortement du BTP.
Un secteur au cœur de la matérialisation de la Vision 2050
Si la Stratégie nationale de développement 2050 ne nomme pas explicitement le BTP comme un axe stratégique en soi, elle lui confère un rôle bien plus fondamental : celui d’être le principal vecteur de sa réalisation concrète.
Le secteur est intrinsèquement lié à la réussite de l’aménagement du territoire, à la création des pôles de développement, à l’amélioration du cadre de vie et au renforcement de la compétitivité économique.
Aux yeux de plusieurs spécialistes, le défi pour le BTP sénégalais sera double : non seulement répondre à la demande quantitative massive générée par la SND, mais aussi intégrer les exigences qualitatives de durabilité, d’innovation et de résilience.
La performance du Sénégal à l’horizon 2050 ne se lira pas seulement dans les indicateurs macroéconomiques, mais se verra sur le terrain, à travers la qualité et la pertinence des ponts, des routes, des bâtiments et des villes que le secteur du BTP aura contribué à ériger.
Ainsi, bien que la part d’investissement soit significative (~11,2 % + 13,8 %), elle ne donne pas directement la “part” du secteur BTP en termes de PIB ou d’emploi dans la stratégie.
Les chiffres disponibles portent sur “investissements publics” et non forcément sur l’entièreté du secteur privé du BTP.
Le secteur BTP dépend aussi du contexte global à savoir l’efficacité de l’investissement, gouvernance, financement, etc., des aspects mis en avant dans la SND.
Il occupe une place importante dans la Stratégie nationale de développement 2025-2029 du Sénégal.
On est tenté de dire qu’il est au cœur des axes “infrastructures” et “aménagement urbain” et reçoit environ un quart des investissements publics programmés (entre 11 % et 14 % pour deux rubriques clés du BTP).
Cela montre que l’État entend considérer le BTP comme un moteur de croissance, d’urbanisation et de transformation territoriale.